Riz Alaotra : le lac Alaotra, grenier à riz de Madagascar
Riz Alaotra : le lac Alaotra, plus grand lac de Madagascar, ses périmètres irrigués PC15 et PC23, le riz d'Amparafaravola, le calendrier et le bandro.
Vu d’avion, le lac Alaotra ressemble à une tache d’eau sombre cernée d’un immense damier vert et doré. Ce damier, ce sont des rizières : environ 100 000 hectares autour du plus grand lac de Madagascar. Depuis l’époque coloniale, la cuvette porte un surnom que tout Malgache connaît, celui de grenier à riz de Madagascar. C’est ici, dans la région Alaotra-Mangoro, que l’on cultive le riz Alaotra, et notamment le Makalioka, la variété la plus réputée du pays. Géographie, histoire des aménagements, calendrier, biodiversité et menaces : voici le portrait d’un paysage façonné par le riz.
Le lac Alaotra, plus grand lac de Madagascar
Une cuvette à 750 mètres d’altitude
Le lac Alaotra occupe une dépression des Hautes Terres orientales, à environ 750 mètres d’altitude, à moins de 200 kilomètres au nord-est d’Antananarivo à vol d’oiseau. C’est un lac très peu profond : 60 centimètres en moyenne et 1,50 mètre au maximum, selon Wikipédia. Sa surface varie fortement avec les saisons. Selon que l’on compte l’eau libre seule ou les marais et roselières qui la bordent, les chiffres publiés vont d’environ 200 à 900 km².
Le lac est alimenté par plusieurs rivières descendues des collines, dont la Sahabe, la Sasomanga, la Sahamaloto et l’Anony. Il se vide vers l’océan Indien par la Maningory, qui franchit l’escarpement oriental en direction de la côte (fiche Ramsar).
Ambatondrazaka et Amparafaravola, les deux rives du riz
Administrativement, la cuvette se partage entre deux districts. À l’est et au sud, Ambatondrazaka, chef-lieu de la région, concentre les commerces, les rizeries et les collecteurs. À l’ouest, le district d’Amparafaravola couvre 4 623 km² et comptait environ 338 000 habitants en 2020 ; plus de 80 % d’entre eux vivent de l’agriculture, et le riz y est la première culture (Wikipédia). La commune d’Amparafaravola elle-même se trouve à environ 65 km d’Ambatondrazaka, traversée par la route nationale 3a.
Le riz Amparafaravola provient donc de la rive ouest du lac, une zone de grands périmètres irrigués et de plaines alluviales où dominent les variétés à grains longs.
Un grenier à riz construit par l’homme
Les Sihanaka, « gens des marais »
Bien avant les canaux et les barrages, la cuvette était le pays des Sihanaka. Leur nom évoque les marais et l’errance, sans doute en souvenir de la migration de leurs ancêtres vers le lac (Wikipédia). Pêcheurs, riziculteurs et éleveurs de zébus, ils commerçaient dès le XVIIe siècle sur la route entre la côte orientale et l’Imerina. Vers 1800, la région passe sous domination merina. Au XXe siècle, l’ouverture de nouvelles terres attire des migrants merina et betsileo des Hautes Terres, si bien que la population actuelle est très mélangée, même si les Sihanaka restent les gardiens de nombreuses règles locales (Géoconfluences).
De l’administration coloniale à la SOMALAC
L’aménagement moderne commence dans l’entre-deux-guerres. L’administration coloniale découpe des « périmètres de colonisation » numérotés, d’où les noms encore utilisés aujourd’hui : PC15, PC23. Les premiers barrages et canaux de drainage transforment les marais en rizières. Au cours de la première moitié du XXe siècle (la date exacte varie selon les sources), la station agronomique du lac sélectionne le Makalioka 34 (Patrice Garin et Éric Penot), que l’IRAM diffusera plus largement à partir des années 1950 : la variété qui fera la réputation du riz Alaotra (voir notre guide sur le riz Makalioka).
Après l’indépendance, la Société malgache d’aménagement du lac Alaotra (SOMALAC), active de 1961 à 1991, prend le relais. Elle achève l’aménagement des trois grands périmètres, PC15, PC23 et PC Nord, qui couvrent ensemble près de 30 000 hectares, avec des travaux terminés en 1974 selon un rapport de la JICA. Le retrait de l’État en 1991 transfère progressivement la gestion de l’eau aux associations d’usagers.
Les périmètres irrigués : PC15, Vallée Marianina, PC23
PC15 et Vallée Marianina
Le PC15, associé à la Vallée Marianina, s’étend en périphérie d’Ambatondrazaka, sur les communes d’Ambohitsilaozana et d’Ambatondrazaka. Il est alimenté par le barrage de la Beava. Sa superficie varie selon les sources, de 2 800 à environ 4 000 hectares selon le découpage retenu. Les chercheurs de l’université Lyon 3 y relèvent certains des meilleurs rendements de l’île, autour de 4 tonnes de paddy par hectare (Erismann, HAL).
PC23, côté Amparafaravola
Le PC23 occupe le sud-ouest de la cuvette, à cheval sur les districts d’Amparafaravola et d’Ambatondrazaka. Il est irrigué par le canal principal P1, alimenté par les rivières Sahabe et Sahamilahy. La JICA y estime la surface nette irrigable à 9 870 hectares, dont une partie seulement reçoit une eau régulière. Le Makalioka 34, avec un cycle d’environ 180 jours, y reste la principale variété cultivée (JICA). Sur la bordure ouest du lac, le réservoir de la Sahamaloto, construit vers 1955, irrigue un autre grand périmètre de la rive ouest.
Trois types de terres à riz
Les agronomes du CIRAD distinguent trois grands milieux (Géoconfluences) :
- les rizières irriguées des grands périmètres et des réseaux traditionnels, environ 30 800 hectares en 2010 ;
- les rizières à mauvaise maîtrise de l’eau (RMME), environ 70 000 hectares en 2009, dont les rendements dépendent directement des pluies ;
- les baiboho et les tanety : sols de bas de pente et collines, où l’on cultive du riz pluvial, du maïs, du manioc ou des légumineuses.
Les rendements moyens tournent autour de 2,5 tonnes de paddy par hectare en irrigué, et jusqu’à 4,5 tonnes dans les meilleurs périmètres.
Le poids du riz Alaotra dans l’économie malgache
La cuvette produirait environ 200 000 tonnes de riz blanc par an, avec un excédent commercialisable de l’ordre de 80 000 tonnes (Wikipédia). La JICA évalue sa contribution à environ 10 % de la demande nationale annuelle. Les estimations varient selon les années et les sources, mais toutes s’accordent sur un point : c’est l’un des rares bassins de Madagascar à dégager des surplus importants. Ses camions approvisionnent Antananarivo et Toamasina, et l’étiquette « riz du lac » vaut argument de vente sur les marchés.
Pour comprendre la place du Makalioka parmi les autres riz du pays, consultez notre guide des variétés de riz de Madagascar.
Le calendrier rizicole au lac Alaotra
Le climat tropical d’altitude impose un rythme assez simple :
- Octobre à décembre : préparation des rizières au zébu ou au motoculteur, semis des pépinières.
- Décembre à février : repiquage des jeunes plants, au cœur de la saison des pluies.
- Mars : croissance, entretien, désherbage.
- Avril à juin : récolte, battage, séchage au soleil.
- Juillet à septembre : saison sèche, décorticage, vente, pâturage des zébus sur les chaumes.
Les variétés à cycle long, comme le Makalioka, n’autorisent qu’une grande récolte par an. La pêche, très active de mai à octobre, complète les revenus de nombreux foyers riverains.
Le bandro et les marais du lac, site Ramsar
Le 9 septembre 2003, le lac Alaotra et ses bassins versants ont été inscrits sur la liste des zones humides d’importance internationale de la convention de Ramsar, sur 722 500 hectares (Ramsar). Ce classement protège surtout les roselières, appelées zetra, où vit le bandro, ou hapalémur du lac Alaotra (Hapalemur alaotrensis). C’est le seul primate au monde qui vit exclusivement dans les roselières.
Classé en danger critique d’extinction, le bandro aurait perdu près de 80 % de ses effectifs depuis les années 1990, avec 2 000 à 2 500 individus estimés en 2015 (Mongabay). Le Durrell Wildlife Conservation Trust et l’association Madagascar Wildlife Conservation, qui gère le Parc Bandro, travaillent avec les associations villageoises de gestion du marais. Le lac a déjà perdu une espèce : le grèbe d’Alaotra a été déclaré éteint en 2010 (Wikipédia).
Les défis : érosion, ensablement et eau
Les lavaka et l’ensablement des rizières
Autour du lac, les collines sont entaillées de lavaka, de grandes ravines en forme de cirque. Les feux de brousse, le surpâturage et la déforestation accélèrent leur formation. Le sable arraché aux tanety descend avec les pluies, recouvre les rizières et colmate les canaux d’irrigation et de drainage (Madonline). Ce sable réduit la surface cultivable et la fertilité, et il alourdit les coûts d’entretien des réseaux.
Un lac qui s’envase
Les sédiments finissent aussi dans le lac, qui ne dépasse guère 60 centimètres de profondeur en saison sèche. Moins d’eau stockée signifie moins de poissons, des crues plus brutales et une irrigation moins fiable en fin de cycle. Les feux de marais, allumés pour pêcher ou gagner des rizières, aggravent le recul des roselières.
Les réponses en cours
Le projet BV-Lac (2003-2013), financé notamment par l’AFD, a diffusé l’agriculture de conservation sur les collines et la protection des bassins versants (Géoconfluences). La JICA a soutenu la réhabilitation du PC23 et la gestion des bassins de la Sahabe et de la Sahamilahy. L’enjeu reste le même : protéger les collines pour garder des rizières productives en aval.
Le riz Makalioka d’Amparafaravola, de la rizière au sac
C’est de ce terroir que vient le Riz blanc Makalioka Premium 5 kg de MAHASOA PRODUITS LOCAUX : 100 % riz blanc Makalioka, grains longs, blanc pur et parfumé, originaire d’Amparafaravola, sélectionné et conditionné pour garantir un produit propre et de qualité supérieure. Pour savoir comment choisir et où trouver un bon riz du lac, lisez notre guide pour acheter du riz malgache, ou découvrez notre riz sur la page d’accueil.
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Questions fréquentes
Pourquoi le lac Alaotra est-il appelé le grenier à riz de Madagascar ?
La cuvette du lac Alaotra rassemble, selon les estimations du CIRAD, quelque 100 000 hectares de rizières irriguées ou à mauvaise maîtrise de l'eau : la plus grande plaine rizicole du pays. Elle produit chaque année bien plus que ce que consomment ses habitants, et ses excédents alimentent les marchés d'Antananarivo et de Toamasina. Une étude de la JICA estime sa contribution à environ 10 % de la demande annuelle en riz de Madagascar.
Où se trouve le lac Alaotra ?
Le lac Alaotra se trouve dans la région Alaotra-Mangoro, au nord-est d'Antananarivo, à environ 750 mètres d'altitude. Il occupe une cuvette entourée de collines, entre les districts d'Ambatondrazaka à l'est et au sud, et d'Amparafaravola à l'ouest. Ses eaux se déversent vers l'océan Indien par la rivière Maningory.
Quand récolte-t-on le riz au lac Alaotra ?
Au lac Alaotra, la grande saison rizicole suit les pluies. Les pépinières sont semées d'octobre à décembre, le repiquage a lieu de décembre à février, et la récolte s'étale d'avril à juin. Les variétés à cycle long comme le Makalioka 34, qui demandent environ six mois, ne donnent qu'une récolte par an.
Qu'est-ce que le bandro du lac Alaotra ?
Le bandro (Hapalemur alaotrensis) est un petit lémurien qui ne vit que dans les roselières et les marais à papyrus du lac Alaotra. C'est le seul primate au monde dont l'habitat se limite aux zones humides. Classé en danger critique d'extinction, il est menacé par les feux de marais et l'extension des rizières.
Quelles variétés de riz cultive-t-on au lac Alaotra ?
La variété phare est le Makalioka 34, un riz à grains longs et translucides sélectionné à la station agronomique du lac au cours de la première moitié du XXe siècle (la date exacte varie selon les sources), et toujours dominant dans les périmètres irrigués. On y trouve aussi d'autres variétés locales comme le Tsemaka, ainsi que des riz pluviaux sur les collines et, plus récemment, des riz hybrides.